mercredi 10 janvier 2018

Victorian Bakers (BBC).



Bonjour à tous et à toutes !

Je suis AnGee du Livroscope, j’espère que vous allez bien et que vous êtes prêts pour une nouvelle chronique ! Nous nous retrouvons aujourd’hui pour parler non pas de littérature mais d’Histoire : vous le savez peut-être déjà si vous êtes familiers avec le blog, mais ma période historique préférée est l’ère victorienne. Après l’avoir longtemps étudié à la fac, je continue encore à me pencher régulièrement dessus et à faire des recherches sur de nombreux thèmes concernant cette époque. Depuis plusieurs années, la BBC réalise des documentaires autour de cette période sur différentes thématiques : j’ai déjà eu l’occasion de vous parler de Victorian Farm et de Victorian Pharmacy, deux séries mettant en scène des historiens et professionnels dans la peau de victoriens. Cette fois, c’est Victorian Bakers qui nous intéresse ! En espérant que cette chronique vous plaise, je vous souhaite une très bonne lecture ! :)

Victorian Bakers :
Présentation du documentaire:
Plongeons nous dans le monde des Victorian Bakers avec, pour commencer, une petite présentation de l’émission. Comme c’était déjà le cas pour Victorian Farm et Victorian Pharmacy, il s’agit d’une mini-série documentaire réalisée et diffusée par la BBC. Cette édition comprend quatre épisodes (trois normaux et un épisode spécial Noël, que malheureusement je n’ai pas vu) qui dure environ une heure chacun. Pour animer l’émission, nous retrouvons une équipe de six personnes, composée de deux historiens (Annie Gray et Alex Langlands, qui a déjà participé aux précédents programmes de la BBC sur les Victoriens) et de quatre professionnels de la boulangerie/pâtisserie : John Swift, dont la famille travaille dans la boulangerie depuis cinq générations ; John Foster, industriel ; Harpreet Baura, pâtissière ; et Duncan Glendinning, artisan boulanger.
Le documentaire se découpe de la façon suivante : chaque épisode se focalise, chronologiquement, sur une période du règne de Victoria. A chaque époque est liée une version du métier, comme je vous l’expliquerai plus loin.
A travers ces trois épisodes (plus l’épisode de Noël) sont explorés les défis et challenges que devaient relever les victoriens ainsi que l’évolution du métier de boulanger du début à la fin du règne de Victoria.

La boulangerie à l’ère victorienne :
En 63 ans (la durée du règne de Victoria), l’Angleterre a drastiquement changé. D’un pays principalement rural, elle est devenue une puissance mondiale où la population (qui a énormément augmenté) vit majoritairement dans les villes. L’import de marchandises du monde entier ainsi que son pouvoir colonial font de l’Angleterre une forte économique et politique. Autant le dire, la vie des victoriens n’a pas cessé d’évoluer en plus de soixante ans.

Le premier épisode se focalise sur le milieu rural, campagnard des années 1830s/1840s, représentatif de l’Angleterre de l’époque : en effet, bien avant d’envahir les villes, la population était plutôt concentrée dans les campagnes. On trouvait en général un seul office de baker pour toute une population, ce qui évitait la concurrence : cette occupation prenait de plus tellement de temps dans une journée qu’une production maison était compliquée. Les bakers avaient donc toujours de la clientèle et du travail. La même famille travaillait à la préparation du pain : plusieurs mains étaient nécessaires pour mélanger la pâte, préparée dans un grand baquet, puis pour peser les pains avant de les enfourner dans un fourneau qu’il fallait au préalable allumer. La journée ne s’arrêtait pas à ce long travail épuisant car il fallait aussi parcourir de nombreux kilomètres pour aller apporter le pain aux clients et habitants de la région.

Les années 1870s, sujet du second épisode, sont marquées par un premier changement drastique : on passe de la campagne à la ville. Les industries se multiplient à une vitesse folle et il faut pouvoir nourrir tous les travailleurs. Si le processus de préparation du pain n’a en soi pas vraiment changé, les conditions de vie et de travail des bakers sont quant à elles bien moins enviables : souvent relégués dans des caves sans lumière ni aération, ils travaillent pour un salaire de misère. La pâte est également souvent modifiée pour couper les coûts, en remplaçant par exemple une partie de la farine par de la craie.

Heureusement, les années 1900s sont le symbole de temps meilleurs pour les bakers : ils quittent les ateliers sombres et sales des industries pour établir de véritables boutiques et devenir de vrais commerçants. Ils portent des uniformes, composent des vitrines et surtout diversifient grandement leur production pour pouvoir assurer face à la concurrence et attirer les clients fortunés. Gâteaux, pâtisseries, chocolats et tartes aux fruits font leur apparition.

De production familiale et rurale à véritable business aidé par la mécanisation, Victorian Bakers nous montre les incroyables changements de l’un des métiers les plus nécessaires du pays.



Quand la cuisine reflète les conditions sociales :
A travers ses différents épisodes, Victorian Bakers ne se contente pas de nous présenter l’évolution d’un corps de métier : le documentaire s’intéresse aussi grandement à la société qui l’accompagne. Et à travers le portrait des bakers de l’époque, on découvre aussi les conditions sociales parfois terribles de ce temps.
Reprenons l’ordre chronologique des épisodes : à la campagne, la population rencontrait plusieurs défis aux conséquences parfois vitales. La famine rodait souvent et s’abattait sur les familles dès que les récoltes étaient mauvaises. Le pain était la source majeure de calories à l’époque et donc consommé en grande quantité. Pour pouvoir tout de même se nourrir lorsque les finances étaient au plus bas, on s’orientait sur des pains moins chers ou parfois même la nourriture donnée aux poules, le « chicken feed ». 

La précarité devient encore plus problématique avec l’implantation rapide des industries et le développement des villes. Si le travail était déjà difficile à la campagne, les bakers bénéficiaient quand même d’une vie plus saine, avec la possibilité d’avoir le grand air et de produire des compléments utiles pour leur survie (du petit bétail par exemple). Dans les villes, rien de tout ça n’est possible : les bakers, principalement des hommes, travaillent dans des caves qui deviennent de vraies fournaises, transpirant tellement dans la pâte que cela pose des questions d’hygiène pour le consommateur. Les maladies se propagent et avec la dureté des conditions de travail, leur espérance de vie est faible. Les industriels, pour économiser les coûts, n’hésitent pas à exploiter leur main d’œuvre. Tout est insalubre et dangereux. 

Si les bakers appartenaient à la plus basses couches de la main d’œuvre industrielle, parmi les moins payés, ils parviennent à atteindre un tout autre statut au tournant du siècle. En ouvrant leurs propres échoppes, ils deviennent de véritables commerçants de la classe moyenne. Un changement de statut qui s’accompagne d’une apparence bien plus élégante, avec des tenues professionnelles et bien plus hygiéniques. L’activité est facilitée par la mécanisation et diversifiée par des pâtisseries aussi élégantes que « kitsch » à nos yeux. Plus rien à voir avec le pain simple et à but purement nourrissant des débuts…

Ce que j’ai pensé du reportage :
Après avoir adoré le livre de Ruth Goodman, How to be a Victorian, et vu les séries Victorian Pharmacy et Victorian Farm (également des petits coups de cœur), je n’ai pas hésité très longtemps avant de regarder Victorian Bakers. Si le sujet ne parait pas forcément très palpitant à première vue, j’étais sûre que la qualité serait au rendez-vous et que, contrairement aux apparences, j’apprendrais énormément de choses. Trois épisodes plus tard, je peux le dire : j’ai beaucoup aimé Victorian Bakers, un digne successeur de Victorian Pharmacy et Victorian Farm !

Dans cette édition, j’ai particulièrement aimé le casting. Je dois dire que j’étais un peu déçue de ne pas retrouver Ruth Goodman, dont l’humour et la bonne humeur me font toujours beaucoup sourire, mais l’équipe de ce documentaire est tout aussi sympathique. Ce que je trouve réussi, c’est d’avoir pu rassembler des profils différents, ce qui permet d’avoir plusieurs expertises et points de vue. Les historiens, comme ils le disent souvent, apportent les livres et leurs connaissances, tandis que les boulangers utilisent leur savoir et leurs compétences pour faire revivre un morceau d’Histoire.



Cette équipe est donc très dynamique et joue vraiment le jeu : on voit les boulangers travailler d’arrache-pied et se mettre autant que possible dans les conditions de l’époque. Ils malaxent, piétinent, pèsent, coupent, découpent sans répit. On sent aussi que l’expérience est à la fois passionnante et éprouvante pour eux, qu’ils apprennent beaucoup de choses tout en découvrant de nouvelles facettes de leur métier. Pour eux, qui conçoivent du pain tous les jours, c’est une vraie découverte.

Pour ce qui est du spectateur, nous apprenons également énormément avec ce programme. On ne se contente pas de simplement regarder des gens faire une pâte à pain. A travers la réalisation des fournées, nous découvrons les multiples facettes du métier de boulanger, l’évolution qu’a pu connaître cette profession en 60 ans, et aussi, tout simplement, comment est fabriqué le pain. J’ai par exemple trouver le processus pour prélever le « yeast » de la bière vraiment intéressant, c’est quelque chose que je ne connaissais absolument pas. On en apprend aussi sur les coutumes alimentaires de l’époque : le troisième épisode intéressera particulièrement les fans de pâtisseries, avec des préparations victoriennes bien différentes de ce que nous pouvons trouver aujourd’hui en rayon.

Tout l’aspect social qui se cache derrière que je trouve palpitant. Je l’ai déjà dit, mais je suis vraiment passionnée par cette période, et tout ce qu’on peut apprendre dans ces documentaires est le bienvenu. Il est facile de se figurer une version fausse de l’époque victorienne avec des femmes en belles robes et des messieurs au visage austère, parce que c’est ce qu’on nous montre le plus souvent. Cependant, l’ère victorienne est aussi marquée par une population très précaire, une explosion de la criminalité et des conditions de vie terriblement lugubres. 

Pouvoir découvrir un morceau d’Histoire avec un morceau de pain, c’est une idée que j’ai trouvée intéressante. Le pari est réussi pour la BBC qui nous propose une fois de plus un documentaire passionnant et prenant, loin d’être ennuyant. Une petite pépite que je recommande à celles et ceux qui aiment l’Histoire de la cuisine ou l’époque victorienne !

Et voilà, c’est tout pour aujourd’hui ! J’espère que cette incursion dans le monde des Victoriens vous plait, n’hésitez pas à me le faire savoir en commentaire, je vous réponds toujours avec plaisir ! On se retrouve très vite pour un nouvel article, en attendant comme toujours prenez soin de vous et lisez beaucoup ! :)

AnGee.

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